bibliothèque; Bordeaux; Bacalan

Dessins au Nord de Bordeaux. Paroles de vernissage.

Dessins au Nord de Bordeaux                                                                      Vernissage

 

 Le 19 11 2011

 

 

 C’est un bonheur d’exposer ici, entre les livres aux pages inépuisables, parmi les mots et les feuilles, au contact de lettres et d’images déroulées sous nos yeux à portée de la main.

 

Derrière les parois vertes-un peu grises d’une boite un peu froide, étrange et détachée, au couvert d’un container géant, d’une brique, évadé d’un bateau immense et impossible, à l’intérieur d’un coffre, d’une malle au trésor un peu tombée du ciel, il y a ici un monde immédiatement proche d’évasions en partance, de retours croisés ; il y a ici un lieu sûr, plein d’histoires gardées au fil des étagères.

 

 Beaucoup de bibliothèques ont aujourd’hui perdu le goût des livres. Protégés dans des morgues de béton, délivrés par des pupitres aux touches de plastique, aseptisés, lointains les livres y ont perdu l’odeur du papier. Ils ne se laissent plus caresser, entrevoir page à page.

 

Ici, les livres habitent la bibliothèque, ils nous reçoivent sans se cacher, ils sont là, ici, parmi nous, à la mesure de nos mains, à la hauteur de nos yeux. Ils sont à notre échelle, prêts à nous entreprendre.

 

 Avec son corps de grosse caisse rigide, implantée à l’oblique des rues et bâtiments qui l’entourent, la bibliothèque Bacalan  m’évoque une sorte d’arche, comme celle où Noé, flottant sur le déluge, avait mis à son bord toute la vie du monde confiée à quelques couples de toutes les espèces.

 

Ici l’arche flotte sur un quartier mouvant où les grues des chantiers ont remplacé celles des quais et bateaux, où le lierre  ensorcelé des pierres est battu en retraite (mais reviendra sans-doute par un autre chemin : on n’éteint pas si vite la force du vivant), où les carcasses déchiquetées d’ombres et de contre-jours s’effacent dans le lisse impeccable, où les ponts ne tournent plus toujours même s’ils se font levants.

 

 Ici l’arche réunit les enfants du quartier et les très grands enfants, les gens de Bacalan. C’est  un ilot au cœur d’une marée brusquement agitée, d’une métamorphose survenue d’un seul coup, à toute vitesse, dans un progrès immense mais peut-être imprudent, aveuglement pressé et sourd de son urgence.

 

  Ici, au cœur de cette arche, j’ai la joie et l’honneur de vous présenter aujourd’hui quelques dessins cueillis en ce quartier changeant. Tous ont été faits en direct en contact avec le sol, la lumière et le vent, assis sur un trottoir, sur le bord d’un banc. Ils sont assez récents mais pour beaucoup déjà, ce qu’ils donnaient à voir, n’existe déjà plus. Ils cernent en noir et blanc, comme pour le retenir et comme pour l’écrire l’apparence d’un monde  aussitôt effacé.

 

Merci à la ville de Bordeaux, à la bibliothèque Bacalan et tout particulièrement à Michel Dessales qui a été l’artisan, le faiseur, le porteur de cette exposition, merci à son équipe pour m’avoir permis de réunir ces dessins d’un instant dans  cette arche de quartier, d’avoir permis l’ancrage intérieur de ces extérieurs éparpillés et furtifs et merci à vous tous, d’être ici aujourd’hui, unis dans ce partage de visions et d’images.

 

Eric Lefeuvre.